Son Excellence Monsieur Ranjan Mathai - Ambassadeur de l’Inde en France
par Shriya
18 août 2007
Quelques mois après sa prise de fonction et quelques jours avant la célébration du 60ème anniversaire de l’indépendance de l’Inde, son Excellence M. Mathai a pris le temps de recevoir Shriya pour une interview exclusive.
English version
Son Excellence M. Rajan Mathai
IEL : Pranam ! Pouvez-vous s’il vous plait vous présenter à nos internautes ?
S.E. M.Mathai : Bonjour Shriya ! En quelques mots, je travaille pour les services diplomatiques depuis 33 ans.
J’ai été notamment Ambassadeur en Israë l et au Qatar et dans les Ambassades indiennes dans d’autres pays.
J’ai été nommé Ambassadeur en France en Janvier et ai rencontré M. Chirac en Février.
IEL : Vous êtes donc arrivé en France il y a quelques mois. Quelles sont vos premières impressions ?
S.E. M. Mathai :Je pense que la France est un pays fascinant et c’est un honneur pour moi de travailler ici.
Je suis arrivé à un moment où tout le monde était focalisé sur les élections présidentielles.
Maintenant il y a un nouveau gouvernement avec lequel je vais travailler.
La France est un pays politiquement important. C’est l’un des plus importants partenaires commercial. Il y a de fortes relations dans les domaines de la culture, les sciences et technologie et l’éducation. Dans tous ces domaines, la France et l’Inde sont de vrais partenaires.
IEL : Avez-vous déjà défini les projets bilatéraux que sur lesquels vous allez vous concentrer ?
S.E. M. Mathai : Il y a 3 projets majeurs :
Le plus important sera de développer les relations politiques et de maintenir une relation étroite entre nos leaders.
Il y a aussi le plan pour doubler les échanges commerciaux entre nos pays d’ici 2009. C’est un plan ambitieux mais que je vais soutenir et m’assurer de son succès.
Concernant la culture, nous voudrions augmenter le nombre de touristes allant en Inde et faciliter l’émission des visas. A cet effet, nous prévoyons de sous-traiter à une société externe la collecte des demandes de visas. Ainsi, les gens pourront le faire depuis différentes villes avec des horaires plus souples.
Ensuite, l’Ambassade procédera à l’émission des visas. J’espère que cela sera plus facile pour les touristes qui veulent partir en Inde.
IEL : Pensez-vous que la culture indienne soit suffisamment mise en valeur en France ?
S.E. M. Mathai : Je suis allé dans beaucoup de pays et je peux vous dire qu’en France, le respect pour la culture indienne est très fort.
En 5-6 mois, j’ai pu noter 5 grands évènements :
Au Grand Palais, l’exposition de sculptures datant de l’empire Gupta a été un grand succès avec un grand nombre de visiteurs et elle a même été prolongée pour faire face à la demande des visiteurs.
En Mars, l’Inde était à l’honneur au Salon du Livre et le Premier Ministre est venu pour inaugurer le pavillon dédié à l’Inde. Cela a permis aux écrivains indiens de rencontrer le public français.
A Cannes, le Cinéma du Monde a projeté des films indiens qui ne sont pas très connus mais de grande qualité
En Avril, il y a eu au Jardin d’Acclimatation de Paris un festival populaire indien très intéressant.
En Juin, un village râjasthâni a été créé à l’hippodrome de Chantilly, dans le cadre du « Prix de Diane / Hermès  » avec des cavaliers qui ont participé à cet évènement qui a eu un grand succès.
Donc, que nous parlions de culture d’« élite  » ou populaire, je trouve qu’on fait beaucoup de choses en France.
IEL : Des associations travaillent dans le but de promouvoir la culture indienne en France.
Outre Inde en ligne, Radio Nimbooda et les Shah Rukh Fans (fan-club français de Shah Rukh Khan) ont plusieurs projets culturels pour lesquels un soutien officiel serait nécessaire.
Est-ce que l’Ambassade et son service culturel a la possibilité de le faire ?
S.E. M. Mathai : Je ne connais pas ce fan-club mais j’ai entendu que lorsque Shah Rukh Khan est venu à Paris l’année dernière, il y a eu beaucoup de personnes pour le voir. Je trouve que c’est très encourageant et je suis sà »re que notre département culturel serait ravi d’aider ces associations si elles en ont besoin.
IEL : J’ai d’ailleurs 2 questions du fan-club :
1. Apparemment, Shah Rukh Khan va être décoré de la Légion d’Honneur à l’Ambassade de France en Inde. Pourquoi pas en France à l’Ambassade de l’Inde ?
S.E. M. Mathai : Tout simplement car l’Ambassade de l’Inde est un territoire indien ; Cette décoration est une décoration française et la cérémonie doit être en territoire français.
Cela peut être en Inde à l’Ambassade de France ou en France aussi mais cela est une question à poser à votre gouvernement !
2. Le Musée Grévin va inaugurer la statue de Shah Rukh Khan l’année prochaine. Est-ce que l’Ambassade va soutenir et participer à cet évènement ?
S.E. M.Mathai : Bien sà »r, le Musée Grévin est un musée célèbre et très visité. S’il y a une statue d’une célébrité indienne, nous serions ravis d’être associé à l’évènement et d’aider si nous le pouvons. J’ai rencontré Mr Khan à Londres lorsqu’il est venu promouvoir un de ses films au Centre Nehru - notre centre culturel à Londres. En plus d’être acteur exceptionnel, il est vraiment brillant. Je l’ai trouvé très simple et amical. Ca a été un grand moment.
IEL : Il y a beaucoup de personnes ayant des origines indiennes dans les DOM TOM. Ils sont fiers de leur identité et cherchent à promouvoir leur héritage culturel. Prévoyez-vous un voyage pour les rencontrer ?
S.E. M. Mathai : J’espère avoir l’opportunité d’y aller. J’ai déjà rencontré des personnes d’origine indienne à Cayenne. J’y étais pour le lancement d’un satellite indien et j’ai eu un grand intérêt à discuter avec eux de leur histoire.
IEL : Ces personnes ne peuvent pas demander la carte PIO car leurs ancêtres sont arrivés il y a environ 150 ans. Donc souvent, ils sont indiens de 5ieme ou 6iems générations.
De plus, il est presque impossible de trouver des documents officiels prouvant leur origine.
Est-ce que le gouvernement a conscience de ce problème et les conditions d’obtention de la carte vont-elles être assouplies ?
S.E. M. Mathai : Quand je rencontrerai des cas de demandes avec ce type de problème, je verrai dans quelle mesure je peux les aider et les recommander au gouvernement indien.
Mais, le fait est que les règles sont définies par la loi et la Constitution indienne. Celle-ci définit une personne d’origine indienne comme étant une personne dont les parents ou grands-parents sont nés en Inde. Peut-être, ne pouvait-elle pas aller au-delà de ça.
Néanmoins, je transmettrai la problématique de ces gens aux autorités indiennes.
IEL : Il semble qu’il y ait plus de ressources qualifiées dans le Sud de l’Inde que dans le Nord, peut-être à cause de l’émigration à l’étranger. Maintenant, il est plus facile de trouver ce type de salariés dans le Sud mais cela pourrait devenir comme le Nord et l’Inde perdra ses ressources qualifiées. Qu’est-il fait pour éviter cela ?
S.E. M. Mathai : Première chose, le développement de ressources qualifiées a été plutÃ’t observé dans le Sud : Chennai, Bangalore, Hyderabad, Pune et le Kerala. Mais grâce au développement de grandes écoles et universités dans tout le pays, il n’y a pas vraiment de grande différence entre les régions.
Deuxième chose, l’Inde a toujours permis et encouragé les gens à partir étudier ou travailler à l’étranger. Notre théorie est qu’il ne s’agit pas d’un brain-drain (fuite des cerveaux) mais d’un brain-bank car étant donné l’importance des relations avec la famille et la culture, les gens reviennent d’eux-mêmes ou contribuent de différentes façons au développement du pays.
Troisième chose, nous avons l’opportunité d’être un fournisseur de ressources car nous avons une population jeune qui peut être très dynamique si elle en a l’opportunité et si on lui donne la formation adéquate pour être compétitive. Et c’est sur cela que nous travaillons en Inde.
En ce qui concerne les salaires, une étude réalisée dans le secteur de l’IT ( information technology) a montré que l’Inde a atteint un niveau où les salaires ne sont pas si différents si on compare le pouvoir d’achat en Inde et dans les pays occidentalisés. Beaucoup de salariés qualifiés pensent maintenant qu’il est plus facile et intéressant de rester en Inde.
IEL : Après l’élection de Mme Pratibha Patil comme Présidente de l’Inde, Sonia Gandhi a dit :
« C’est un moment spécial pour nous les femmes, et non les hommes, que pour la première fois en 60 ans d’indépendance, une femme a été élue Présidente de l’Inde  »
Pensez-vous que le fait d’avoir plus de femmes dans le milieu politique changera les mentalités et améliorera la condition des femmes indiennes ?
S.E. M.Mathai : Je pense qu’il est très important d’avoir plus de femmes dans l’arène politique en Inde et c’est une grande fierté pour nous d’avoir pour la première fois une Présidente.
Nous sommes aussi très heureux de constater, qu’au niveau politique local, dans ce que nous appelons les Panchayat (conseils de village) et nous avons dans tout le pays des millions de Panchayat, un tiers est géré par une femme.
C’est un développement très encourageant et la participation des femmes en politique va tout d’abord améliorer la politique et bien sà »r améliorer la condition des femmes.
IEL : Merci beaucoup pour ces réponses et pour votre disponibilité !
S.E. M.Mathai : Merci à vous !
Propos recueillis par Shriya le 09 Aoà »t 2007 à l’Ambassade de l’Inde.
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