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Laure Moutoussamy

La Comédienne-Romancière venue des îles.

par Shriya

4 juin 2007



(JPG)

IEL : Bonjour Laure, on s’est rencontré au Salon du Livre où était présenté votre nouveau livre « Le « Kooli  » de Morne Cabri  ». Votre livre avait retenu notre attention et nous avons décidé de vous rencontrer pour en discuter plus longuement. Avant de parler du livre, pourriez-vous vous présenter ànos internautes ?

Laure : Bonjour Shriya ! Alors, je suis née en Martinique, d’un père indien et d’une mère descendante d’esclave africain. J’ai étudié là-bas avant de venir àParis pour continuer mes études mais j’ai rapidement arrêté pour travailler. Par le biais de rencontres, j’ai eu des opportunités dans le milieu du spectacle. Ca a commencé par un rÃ’le dans un court métrage, ensuite j’ai été figurante àl’Opéra. J’ai ensuite passé des castings et j’ai pu obtenir des rÃ’les avec des comédiens sortis de la Comédie Française et intégrer le milieu du cinéma. J’ai joué notamment dans « La Reine Blanche  » et « Antilles sur Seine  ».

IEL : Quand avez-vous commencé àécrire ?

Laure : Un jour, j’en ai eu marre de ne plus progresser et de n’avoir que des propositions de rÃ’les inintéressants attribués aux personnes de couleur ou alors il faut rester dans les rÃ’les « couleur locale  ». Impossible, même encore maintenant, d’avoir un premier rÃ’le dans un film non communautaire. J’ai alors décidé d’écrire : là, au moins, je n’ai pas de restriction !

IEL : Votre dernier livre raconte l’histoire d’un indien immigré et de son intégration en Martinique àla fin du XIXième siècle. Vous y racontez aussi l’histoire de sa descendance, née dans cette île lointaine et qui sera plus Martiniquaise qu’Indienne. S’agit-il de l’histoire de votre famille ?

Laure : Il ne s’agit pas de notre histoire. Néanmoins, mon père me racontait beaucoup de choses sur sa famille, sur son enfance, les récits indiens, etc. Cela m’a servi de base pour le roman. Il y a beaucoup d’éléments vrais mais retranscrits différemment.

IEL : En tant que métisse, comment avez-vous trouvé vos marques entre ces cultures ?

Laure : C’était très difficile car je vivais dans le quartier de la famille de mon père, au sein de la communauté indienne. Ma mère avait été très mal acceptée par sa belle-famille. Moi-même, j’ai été souvent chahutée par mes cousines. Du cÃ’té de la famille de ma mère, je n’ai pas eu de problème àcause de ça. Dans mon enfance, ayant grandi dans la culture indienne, ressemblant physiquement àune indienne, je me suis toujours sentie indienne et pas du tout différente des autres membres de la famille de mon père.

IEL : Le titre du livre est plutÃ’t controversé àcause du terme « kooli  », jugé dégradant pour les indiens. Pouvez-vous nous donner votre point de vue ?

Laure : Le terme est effectivement dégradant, c’est pour cela qu’il écrit avec un k entre guillemets pour apporter une connotation différente de coolie. Cependant, j’ai vécu toute ma vie avec, on parlait de moi et de nous en utilisant ce mot. Ce terme a fini par être « accepté  » et il fait partie en quelque sorte du langage commun. Néanmoins, c’est paradoxal : en Martinique, les indiens ont du mal avec ce terme. Si par exemple, on les interpelle ainsi dans la rue, ils vont se retourner et par ce geste, ils cautionnent cette appellation ! Moi j’assume tout simplement ! En quelque sorte, c’est se raccrocher àune identité. Aimé Césaire avec la négritude a voulu redonner aux descendants d’esclave leur fierté en les aidant àaccepter le terme de « nègre  » et àaller au-delàdes qualificatifs.

IEL : Effectivement, il existe àl’île Maurice, le courant de pensée appelé « Coolitude  » mené par Khal Torabully et en Guadeloupe, « l’Indianité  » avec Ernest Moutoussamy et Francis Ponaman. Au final, il s’agit d’affirmer sa culture et son identité indienne. Il manque peut-être « un meneur  » en Martinique ?

Laure : Oui c’est peut-être ce qu’il manque mais ce n’est pas évident car les gens ont du mal avec ce terme mais ils ne se « battent  » pas pour revendiquer leur indianité. Néanmoins, l’identité n’est pas perdue pour autant. . IEL : En parlant d’identité, êtes-vous déjàallée en Inde ?

Laure : Oui, 5 fois...par la pensée !! (rires) J’ai failli y aller 5 fois et àchaque fois, au dernier moment, changement de programme ! J’ai prévu d’y aller en fin d’année et j’espère que cette fois sera la bonne !

IEL : Votre livre se termine un peu brutalement, est-il prévu une suite ?

Laure : Oui, je souhaiterais continuer mon récit en me focalisant sur le lien entre le grand-père et son petit-fils et parler aussi de la transmission des traditions. C’est quelque chose qui m’a beaucoup manquée car mon père n’a pas pu me transmettre son savoir. Au moment où c’était possible, j’étais prise dans ma vie parisienne, je pensais avoir le temps mais malheureusement, il est parti avant...àmon grand désespoir. J’aimerais aussi parler du retour aux sources et mon futur voyage en Inde me donnera sà»rement l’inspiration.

IEL : Merci Laure, ne manquez pas de nous prévenir de la sortie de la suite de votre livre.

Laure : Merci àInde en Ligne, j’espère que les lecteurs apprécieront le livre !

Mini- CV :

Théâtre :

-  Â« Tête de Méduse  » de Boris Vian
-   « La maison de Zaza  » de G. Bruyère
-   « Case en tÃ’le  » de N. Fidji

Téléfilms :

-  Â« Toussaint Louverture  » de B.J Rosette
-   « Julie Lescaut « 
-   « Tendresse et passion  »

Cinéma :

-   « L’incorrigible  » de P. De Broca
-   « Borsalino  » de J. Deray
-   « La Reine Blanche  » de J.L. Hubert
-   « Une pour toutes et toutes pour une  » de C.Lelouch
-   « Antilles sur Seine  » de P. Legitimus

Romans :
-  Â« A l’ombre de l’enfance  » - Ed Nouvelles du Sud -1994
-   « Malgré la pluie  » - Ed Eboris - 1997
-   « Passerelle de vie  » - Ed Ibis Rouge - 2000
-   « Une étoile en dérive  » - Ed Ibis Rouge - 2004
-   « Le « koolie  » de Morne de Cabri  » - Ed Ibis Rouge - 2007

Interview réalisée le 04 Mai par Shriya àla Foire de Paris.




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