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Rencontre avec Christophe Jaffrelot : décryptage des élections générales en Inde

17 avril 2014

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Dans le cadre de la sortie de son livre "L’Inde contemporaine" (Fayard), Inde en ligne a rencontré le spécialiste de l’Inde, Christophe Jaffrelot, qui nous livre un décryptage des élections générales qui ont lieu actuellement en Inde.

Lorsque l’Inde de demain se construit aujourd’hui, c’est plus de 815 millions de personnes à qui la voix est donnée.


IEL : Pourriez-vous vous présenter brièvement aux lecteurs d’Inde en ligne ?

CJ : Je me suis intéressé à l’Inde dès ma classe de Terminale grâce à un professeur de philosophie, Elisabeth Andrès, spécialiste des pensées et religions de l’Inde. Une fois rentré à « Science Po » Paris, il a fallu que je trouve un point commun entre cet intérêt et l’école. J’ai alors travaillé sur les mouvements de réformes socio-religieuses qui, au 19e siècle, naissent en réaction à l’arrivée des Britanniques en Inde. En 1984, je me suis rendu pour la première fois en Inde ; or, c’est le moment où le nationalisme hindou commençait à militer avec par exemple la construction d’un temple à Ayodhya.

De l’histoire, je suis donc passé à l’actualité et j’ai commencé à m’intéresser au mouvement nationaliste hindou. J’y ai d’ailleurs consacré ma thèse. J’ai ensuite travaillé sur la démocratie en Inde, puis sur les basses castes et la politique. Plus récemment, je me suis intéressé à la ghettoïsation des musulmans et aux minorités de façon plus générale. La minorité musulmane en Inde, héritière d’une civilisation à part entière, est aujourd’hui marginalisée et doit résister à la montée du nationalisme hindou. Aujourd’hui, je reviens au nationalisme hindou puisqu’il revient au pouvoir...

IEL : Qu’est-ce qui vous a amené à effectuer vos recherches sur le sous-continent indien ?

CJ : Au-delà de l’intérêt personnel, il y a aussi l’intérêt intellectuel. L’Inde est porteuse d’une civilisation très intrigante qui réussit à mêler des contraires. Comment la démocratie et la caste ont-elles été compatibles ? Comment la démocratie et la religion ont-elles été conciliables ? Ces questions sont de vrais défis intellectuels.

IEL : Vous êtes directeur de recherche au CERI-Sciences Po (CNRS) et on imagine souvent les chercheurs enfouis dans leurs livres. Cela veut-il dire que vous êtes plutôt un « petit rat de bibliothèque » qu’un homme de terrain ?

CJ : Les deux ! On ne peut facilement faire de la science politique en Inde sans être les deux. Il faut aller dans les archives pour comprendre comment dans le passé récent s’est constituée l’Inde moderne et il faut aller sur le terrain car c’est quand même là que cela se passe. Je m’y rends donc trois à quatre fois par an.

IEL : Une première édition de votre livre, L’Inde contemporaine est sortie en 1996, une autre portant le même titre est sortie en 2006. Une troisième édition, dont vous avez dirigé la publication, est sortie il y a quelques jours en format poche, pourriez-vous nous expliquer ce que vous entendez par l’expression « Inde contemporaine » ?

CJ : L’Inde contemporaine dans sa version de 1996 et de 2006 couvre les années allant de 1950 à leur date d’édition respective. Dans cette nouvelle édition de poche, on a dû concentrer le propos et on traite des années beaucoup plus récentes c’est-à-dire des années 90 à aujourd’hui.

IEL : Ce n’est donc pas un hasard si votre livre est sorti en plein milieu des élections législatives indiennes qui ont commencé le 7 avril dernier. Quels sont les enjeux majeurs de ces élections ?

CJ : Tout d’abord, il y a un enjeu existentiel pour le parti du Congrès. Il a été le parti le plus structurant de la politique indienne depuis pratiquement un siècle et demi. C’est d’ailleurs l’un des partis les plus anciens au monde. C’est une formation qui est devenue un parti de masse grâce au Mahatma Gandhi, puis un parti de gouvernement grâce à Jawaharlal Nehru et sa descendance - d’Indira Gandhi à Rajiv. Le parti du Congrès est connu pour avoir eu une vision de l’Inde multiculturelle. Aujourd’hui, ce parti apparaît comme à bout de souffle et il est sur le point d’enregistrer la plus cuisante défaite de son histoire.

Le parti qui prend le leadership est un parti nationaliste hindou, le Bharatiya Janata Party (BJP). Sa vision de l’Inde est bien différente. Il considère que la majorité hindoue a vocation à incarner l’identité indienne. La culture hindoue doit ainsi dominer et être reconnue comme telle par les minorités. Elles peuvent être chrétiennes ou musulmanes dans la sphère privée, mais sur la scène publique ces minorités doivent prêter allégeance à cette civilisation parce que les Hindous sont « les fils du sol », les autochtones en d’autres termes, et ce sont aussi les plus nombreux. Si cette vision de l’Inde devient hégémonique, la place des minorités va être remise en question et du coup le sécularisme (un autre mot pour dire « multiculturalisme) va être lui aussi remis en cause.

Ces élections sont donc importantes, car c’est l’identité de l’Inde qui est en jeu.

IEL : Que faut-il comprendre de l’échiquier politique indien qui peut paraître complexe ? Narendra Modi, Rahul Gandhi, Arvind Kejriwal... Que faut-il retenir d’eux ?

CJ : En effet, l’échiquier politique indien est complexe. Rahul Gandhi se révèle être un très piètre leader et c’est un énorme problème de ne pas avoir de charisme en Inde, de ne pas être un bon orateur, de ne pas être un minimum agressif - étant donnée la façon dont évolue la politique indienne. Il le paie d’ailleurs très cher.

IEL : Est-ce dû à son jeune âge ?

CJ : Non, car il est quand même dans ses mid forties et il n’est pas beaucoup plus jeune que Kejriwal qui a 45 ans. Il fait juste beaucoup plus jeune ! Mais il a un problème de statut à gérer, car étant le fils de Rahul et Sonia Gandhi, il est là comme un héritier et cette notion de dynastie politique passe de plus en plus mal en Inde.

Narendra Modi lui, a les défauts de ses qualités. C’est un leader, un excellent orateur et il est très agressif (c’est une condition nécessaire pour réussir en politique). Il y a du coup le revers de la médaille, c’est-à-dire qu’il tombe dans une forme d’autoritarisme. Il a ainsi des difficultés à écouter et à composer avec les autres, Modi n’est pas du tout un team player. Cela pose un vrai problème, car dans le système politique indien d’aujourd’hui on ne peut plus gouverner sans faire de coalition. Il faut savoir trouver des alliés. Il faut donc savoir être collégial et Modi n’a jamais réussi à l’être. La capacité de Modi à diriger une coalition qui sera forcément à plusieurs partis est donc une vraie question. A cela s’ajoute bien sûr le caractère exclusiviste du nationalisme hindou que j’ai mentionné plus haut et qui situe le BJP à l’extrême-droite, si nous appliquons les canons de l’échiquier politique français.

Arvind Kejriwal est un autre cas très intéressant. Il est au croisement de la longue durée gandhienne et de l’actualité indienne. Il faut lire son livre, Swaraj - peu de gens le font et c’est bien dommage. Cet ouvrage s’inspire directement des valeurs gandhiennes. En 1909, Gandhi avait écrit un livre intitulé Hind Swaraj, et ce n’est donc pas un hasard si aujourd’hui Kejriwal a repris dans son titre le mot Swaraj - cela veut dire la liberté, la libération. En outre, Kejriwal applique un répertoire moral, exactement comme le Mahatma Gandhi. Il a par exemple à coeur de mener la lutte contre la corruption, de restaurer la nécessaire propreté de la classe politique... C’est sur ces valeurs-là qu’il s’est fait un nom et qu’il a aussi réussi à mobiliser dans les rues. Kejriwal a donc créé l’Aam Aadmi Party (AAP) ou le « parti de l’homme ordinaire » en 2012. En 18 mois, ce parti a connu un essor considérable qui reflète d’abord le ras-le-bol de la corruption et un rejet de la classe politique.

En parallèle à ces trois partis, il ne faut pas oublier le rôle des partis régionaux. Or, l’échiquier politique indien est en un sens dominé par des forces régionales. En 2009, 52 % des électeurs ont voté pour un parti régional. Il y a 42 partis représentés au Parlement. Chaque Etat ou presque a au moins un parti régional, parfois deux, et c’est cela la principale inconnue du scrutin de ces élections législatives. Que feront les partis régionaux et notamment avec qui s’allieront-ils ? Si Modi arrive en tête, avec quels partis régionaux fera-t-il affaire ?

IEL : 815 millions de personnes sont appelées à voter dont plus de 150 millions sont des nouveaux électeurs. Quel est le rôle de la nouvelle génération et à quoi aspire-t-elle ?

CJ : C’est difficile à dire, car on met ensemble des gens qui n’ont absolument rien à voir. Il y a des jeunes urbains de la classe moyenne qui aspirent à davantage de consommation et davantage de liberté. Il y a aussi des jeunes ruraux dont les aspirations sont largement différentes. En Inde, il n’y a pas de vote "jeune", de même qu’il n’y a pas de vote "femme".

Un des grands problèmes de l’Inde, c’est le chômage des jeunes qui est encore bien plus massif qu’en Europe et notamment celui des jeunes diplômés. On peut imaginer que ces jeunes vont aller du côté du BJP, s’ils considèrent que c’est de là que peuvent venir les futurs emplois, mais ils peuvent aussi aller du côté de l’AAP pensant qu’avant tout c’est la moralité qui compte.

IEL : Dans votre livre, vous parlez du Congrès comme d’un parti autrefois « attrape-tout » qui était capable de rassembler les voix de groupes sociaux très différents. Aujourd’hui, à défaut de pouvoir dresser un portrait-type de l’électeur congressiste, pourriez-vous nous expliquer ce qui rassemble cet électorat ?

CJ : En fait, le Congrès est devenu un parti largement rural qui attire surtout les plus démunis. Quand on regarde les catégories qui votent pour le Congrès, on tombe d’abord sur les aborigènes, les Dalits, et les musulmans. Avec ces trois groupes, on a les électeurs les plus fidèles du Congrès (lorsqu’il n’y a de parti Dalit pour lequel voter en premier lieu).

IEL : Le 5 avril dernier, The Economist titrait « Can anyone stop Narendra Modi ? », alors qu’il est donné favori pour devenir le nouveau Premier ministre de l’Inde. Pourquoi ?

CJ : The Economist a fait un éditorial vitriolique comme on dit, très hostile à Modi - invitant même les électeurs indiens à voter pour le Congrès. Ceci pour une raison très simple : Modi fait peur à l’étranger plus qu’en Inde. En Inde, il fait surtout peur aux musulmans. A l’étranger, il fait peur car on ne pense pas qu’il sera en mesure de préserver la cohérence de toute la nation indienne. En raison non seulement des difficultés qu’il a à être un team player, mais aussi en raison des façons qu’il a eu par le passé de traiter les minorités dans son Etat, le Gujarat. Prenez par exemple l’affaire du pogrom antimusulman de 2002, qui a fait officieusement 2000 morts. A l’étranger, cela a considérablement entaché son image. C’est même la raison pour laquelle Modi n’a plus eu de visa pour se rendre aux Etats-Unis.

A cela s’ajoute une autre chose que The Economist met en avant : la proximité de Modi avec les milieux d’affaires. Il y a un problème croissant en Inde qu’on appelle le crony capitalism, un capitalisme fait de connivences entre les oligarques et la classe politique.

C’est contre cela que Kejriwal s’est d’ailleurs mobilisé. Pour un vrai libéral - comme l’auteur de l’éditorial The Economist -, le crony capitalism est très mauvais pour la croissance, car il est dénué de rationalité économique. Or, Modi est particulièrement proche des hommes d’affaires.

IEL : Pensez-vous que ces inégalités et ces tensions vont s’accroître si Modi devient Premier ministre, puisqu’il est souvent présenté comme un dirigeant libéral et représentant le nationalisme hindou ?

CJ : On peut penser qu’il y aura une libéralisation accrue de l’économie qui mécaniquement creusera les inégalités - aussi parce que les programmes qui corrigent les inégalités seront mis à mal. Par exemple, Modi, en tant que Chief Minister du Gujarat, a toujours omis de donner des subventions aux musulmans. Le Gujarat est le seul Etat de toute l’Inde à ne pas avoir donné de bourse aux étudiants musulmans, sous prétexte que c’était un facteur de discrimination par rapport aux autres communautés. Maintenant, si la croissance revient, les inégalités peuvent aussi être contenues. Les plus pauvres auront alors des miettes peut-être un peu plus substantielles.

Pour les tensions religieuses, cela va dépendre de sa capacité à parler aux minorités. Il ne leur a pas adressé de signal très fort jusque-là. On attend de savoir s’il y aura des candidats musulmans sur la liste du BJP. C’est un signe très important qu’il faut regarder avec beaucoup d’intérêt.

IEL : Modi est connu pour sa politique économique ultralibérale et, en parallèle, on observe un resserrement des liens entre les barons de l’industrie et les politiques ce qui a donné naissance à ce que vous appeliez un peu plus haut un « crony capitalism ». On parle beaucoup des affaires de corruption. Si Modi est élu, va-t-il vraiment assainir la scène politico-économique selon vous ?

CJ : On peut en douter pour trois raisons - qui s’ajoutent à sa proximité avec les milieux d’affaires (or, il faut aussi prendre en compte les corrupteurs, et pas seulement les corrompus). Premièrement, il n’y a rien de concret dans le programme du BJP qui permette d’opérationnaliser la lutte contre la corruption que le parti dit appeler de ses vœux. Deuxièmement, le BJP a donné son investiture à un grand nombre de candidats en délicatesse avec la justice. Sur les 105 candidats du BJP qui se présentaient face aux électeurs le 17 avril lors de la cinquième phase du vote, par exemple, 30 étaient poursuivis par la justice - dont 14 pour des crimes graves (le Congrès souffrait des mêmes maux puisque sur 101 candidats, 22 faisaient l’objet de poursuite, dont 7 pour des crimes sérieux (Cf., DNA (Ahmedabad Edition), 17 avril 2014, p. 6). Troisièmement, le Gujarat a été le seul Etat de l’Inde à ne pas avoir eu 10 ans durant de Lokayukta (l’équivalent d’un médiateur de la République qui, au niveau d’un Etat, mène la lutte contre les bureaucrates et les hommes politiques corrompus).

IEL : Quels seront les principaux défis que devra relever le nouveau gouvernement à l’issu du dépouillement du 16 mai ?

CJ : Tout d’abord, former un gouvernement de coalition, qui ait un sens et qui ne soit pas trop fragile. Ensuite, relancer la croissance et lutter contre la corruption qui est une attente très forte de la part de la population. Au-delà de la croissance, ce qui est en cause c’est le développement. Cela passe par des infrastructures de transports, l’approvisionnement énergétique, la prise en compte des questions environnementales. C’est d’ailleurs là la grande absence - terrifiante - de cette campagne électorale : personne ne parle d’écologie, alors que l’Inde va au-devant d’un stress hydrique majeur et qu’il meurt de plus en plus de gens du fait de la pollution de l’air, à Delhi notamment.

IEL : Alors que l’avenir de notre planète dépend des mesures environnementales prises aujourd’hui...

CJ : C’est une énorme question et les Chinois s’en sont enfin rendus compte. Les Indiens ont l’air de ne pas considérer comme important que la pollution de l’air ait été responsable de 162 000 morts en 2013, rien qu’à Delhi. Personne n’en parle, alors que c’est à terme l’épée de Damoclès la plus lourde. Je pense qu’un gouvernement qui n’agit pas dans ce domaine est un gouvernement qui échoue dans un sens.

IEL : Selon une étude de l’Office Central des Statistiques, le RNN (revenu national net) est d’environ 70 000 RS (846 Euros) par an et par habitant, les revenus indiens figurent ainsi parmi les plus faibles revenus des pays des BRICs. Que faudrait-il à l’Inde pour devenir la plus grande économie du monde d’ici 2050 ?

CJ : L’Inde doit d’abord lever l’hypothèque qui tient aux infrastructures. Un pays ne peut se développer sans routes, voies ferrées etc.

Ensuite, il faut mener une politique qui soit moins inégalitaire. Les écarts entre les riches et les pauvres se creusent en effet de façon considérable. L’Inde a un nombre de milliardaires en dollars plus important que le Japon mais elle comptabilise aussi environ 300 millions de personnes qui vivent sous le seuil de pauvreté international, avec un taux de mortalité infantile comparable à celui des pays d’Afrique sub-saharienne. Il faut, à cet égard, investir dans l’éducation de tous. Aujourd’hui, seuls 7% d’une classe d’âge atteignent l’enseignement supérieur. Et le secteur éducatif public est en crise. Des gens qui n’en ont pas vraiment les moyens envoient donc quand même leurs enfants dans le privé, au détriment d’autres dépenses comme les soins. Il faudrait que l’école pour tous devienne une priorité nationale et c’est un autre sujet dont on n’a pratiquement pas parlé pendant la campagne électorale.

IEL : Et qu’en est-il du rôle de l’éducation des femmes dans l’augmentation du pouvoir d’achat du foyer ? Grâce à une meilleure éducation, elles pourraient accéder à des postes plus qualifiés et donc ramener plus d’argent pour subvenir aux besoins de leur famille.

CJ : Oui, il faut éduquer tout le monde y compris les femmes. Aujourd’hui, elles ont un taux d’alphabétisation inférieur de 20 points de pourcentage à celui des hommes.

IEL : Selon vous, qui des deux principaux prétendants au poste de Premier ministre, entre Narendra Modi (BJP) et Rahul Gandhi (Congrès) serait le plus bénéfique pour construire l’Inde de demain ?

CJ : Je pense qu’on a un peu trop personnalisé cette élection car ce n’est pas vraiment un homme plutôt qu’un autre mais c’est une équipe plutôt qu’une autre. D’une part on a du côté du Congrès une expérience du pouvoir, une capacité à gérer des dossiers sensibles et un sens de ce qui est réaliste et réalisable. La libéralisation de l’économie que le Congrès a commencée en 1991 est toujours à son programme mais le parti reste aussi attaché aux programmes de lutte contre la pauvreté que le gouvernement UPA a lancés.

D’autre part, on a du côté du BJP un programme de libéralisation qui risque d’être plus « business-friendly » que « market-friendly » et dont les minorités risquent d’être les premières victimes. En outre, si Modi est élu, on ne sait pas qui dirigera l’Inde de demain avec lui. Qui sera à la tête des différents ministères ? On n’a pas de réponse à cette question et c’est très troublant. Les médias indiens n’ont pas vraiment posé les bonnes questions pendant cette campagne et, lorsqu’ils l’ont fait, les hommes politiques ont évité de répondre.

IEL : Quelle explication donnez-vous à cela ?

CJ : Je pense qu’il y a une autocensure croissante. On dit que c’est une élection à l’américaine, mais ce n’est vrai qu’en raison de la personnalisation croissante de la campagne. Aux Etats-Unis, il y a au moins deux, voire trois, débats contradictoires entre les représentants des principaux partis. Durant ces débats, on apprend beaucoup de ce qu’ils veulent faire du pouvoir, avec qui etc. Là, il n’y a eu aucun débat contradictoire et donc aucun effort de clarification. Aucun journaliste non plus n’a vraiment cherché à pousser les candidats dans leurs retranchements. Je veux bien croire qu’il soit de plus en plus difficile d’être journaliste en Inde, mais je pense aussi que certains journalistes n’ont pas fait beaucoup d’efforts.

IEL : C’est la plus grande élection législative du monde et on attend 815 millions d’Indiens aux urnes. La population indienne semble ainsi très concernée par la politique du pays. En France, le taux d’abstention a atteint des records lors des élections municipales le mois dernier, quel(s) enseignement(s) les politiques français pourraient-ils tirer pour mobiliser davantage leur électorat ?

CJ : Il y a du coté indien une courbe d’apprentissage du vote qui est ascendante, car on espère qu’en essayant l’opposition on aura mieux. En France, le problème c’est qu’on a tout essayé et on a été déçu ; alors on se résigne, en pensant, par surcroît, que de toute façon les décisions importantes ne sont plus du ressort du gouvernement français, mais de Bruxelles.

IEL : Merci beaucoup pour votre temps et votre précieux éclairage sur les élections indiennes qui se jouent en ce moment.

Du même auteur :

Dr Ambedkar (Presse de Science-Po, 2000)
La démocratie par la caste (Fayard, 2005)


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Mohini Appavoupillai-Garnier




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