Patrimoine oral et immatériel de l’Asie du Sud
Spectacle multiculturel à l’UNESCO Paris
30 mars 2006
Le 16 mars 2006, à l’occasion du soixantième anniversaire de l’UNESCO et de la Réunion annuelle des Ambassadeurs de bonne volonté de l’UNESCO, la Fondation de l’Asie du Sud a présenté un spectacle de très haute qualité de musiques et de danses traditionnelles issues du patrimoine oral et immatériel à l’UNESCO Paris avec la participation de plus de 50 artistes venant de 7 pays de l’Asie du Sud : Afghanistan, Bangladesh, Bhoutan, Inde, Népal, Pakistan et Sri Lanka. Plusieurs instruments de musique très anciens ont été utilisés au cours de ce spectacle.
Koichiro Matsuura, directeur général de l’UNESCO, a souligné le rÃ’le fondamental joué par la South Asia Foundation particulièrement pour le soutien à cette manifestation prestigieuse ; le fondateur de la fondation, Madanjeet Singh, était présent.
M. Singh, qui a mené une brillante carrière d’ambassadeur de l’Inde, est né à Lahore en 1924. Il fut un disciple du Mahatma Gandhi, a passé plusieurs mois emprisonné à l’époque où le mouvement " Quit India " s’est dressé contre le régime colonial britannique.
Ambassadeur de bonne volonté de l’UNESCO depuis 2000, il a dédié sa vie à la défense de la tolérance et l’harmonie entre les peuples. Il a créé la "Fondation Madanjeet Singh », orientée vers la lutte contre la pauvreté, l’amélioration de l’éducation et de la santé, la protection de l’environnement. Grand défenseur de la culture de la non-violence, et lancé le "Prix UNESCO Madanjeet Singh pour la promotion de la tolérance et la non-violence " ; ce prix a été décerné en 2004 à Taslima Nasreen.
La programmation fut brillante, et les artistes les plus talentueux ont eu l’honneur de présenter des expressions du patrimoine culturel de leurs pays respectifs.
La soirée a commencé avec un récital de gatam (Inde) :
INDE : Gatam de Vikku Vinakram accompagné de son fils Vinayakaram Umashankar
Le gatam (pot d’argile constitué d’un alliage de métaux) est considéré comme l’ancêtre des instruments du sous continent indien de la musique carnatique et pourrait dater de la civilisation de l’Indus ; la richesse des sons émis par cet instrument qui semble rudimentaire étonne. Il est rare d’entendre en France cet instrument joué seul, il est en général utilisé comme accompagnement dans une formation plus large. Ce soir, les auditeurs ont pu apprécier la subtilité et la richesse de l’instrument. Vikku Vinakram a accompagné des musiciens occidentaux comme John Mc Laughlin. Son fils Vinayakaram Umashankar perpétue la tradition du gatam en suivant la voie de son père.
NEPAL : la troupe du Kala Mandapa
Cette troupe a interprété la danse de Chacha Pyakhan. Elle met en scène la légende de Bodhisatwa Manjushree, un gourou tantrique qui avec ses deux épouses créa le Népal. Le danseur représentant la divinité raconte cette légende par les gestes de main, des postures et des expressions faciales et a été accompagné d’une autre danseuse et deux musiciens et une chanteuse.
BANGLADESH : Danse Manipuri
Cette danse, pratiquée au Bangladesh comme dans l’état du Manipur en Inde est peu connue en France, où les danseuses de Barata Natyam se produisent régulièrement. La danseuse de manipuri porte une large robe circulaire, évolue sur un rythme lent ; contrairement aux autres formes de danses indiennes, le visage de la danseuse reste immobile. Elle était accompagnée d’un autre danseur célébre du Bangladesh, dont la finesse et l’agilité ont séduit les spectateurs. Ils étaient accompagnés d’une chanteuse, d’un guitariste et d’un joueur de dhol.
BHOUTAN : Drametse Ngacham, danse masquée
Exécutée en l’honneur d’un saint qui apporta le bouddhisme tantrique au Bouthan au 8éme siècle après JC, cette danse est pratiquée par la communauté de Drametse qui est le gardien de cet événement représentant son identité sociale et religieuse ; elle a été reconnue par l’UNESCO comme chef d’Å“uvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité en 2005
PAKISTAN : Zaeen Zahoor et ses musiciens
Le flamboyant Zaeen Zahoor agé de 60 ans a subjugué le public ; vêtu d’une longue robe et portant un ektara (instrument à une corde, tenu verticalement) habillé d’une rivière de liens multicolores, il a chanté des versets de poésie soufie, appelés Kalams. Zahoor a entamé une mélopée hypnotique, soutenu par des musiciens dont le jeu à la fois subtil et puisant a captivé le public. Cette mélodie, le qawwali, illustre la philosophie soufie, qui exprime l’expression du « cÅ“ur  » qui est cette faculté qui permet à l’homme, au-delà des spéculations intellectuelles, de saisir la vibration de l’être et de communiquer de façon indicible.
AFGHANISTAN : Nouria Meyryar
Madame Meyryar a été applaudie avec chaleur par le public ; résidant à Londres, elle perpétue la tradition du chant traditionnel afghan ; les trois musiciens qui l’accompagnaient venaient d’arriver de Kaboul quelques minutes avant le début du spectacle !
SRI LANKA : State dance de Colombo
La soirée s’est terminée par une prestation époustouflante du groupe de Colombo dirigé par Ravi Vidyapathi. La danseuse de la troupe a subjugué le public par sa finesse et sa souplesse, et les deux percussionnistes ont entamé une joute endiablée. Cette danse a rappelé que le Sri lanka et l’Inde du Sud pratiquent un art similaire, inspiré du Kathakali, et qu’il prend sa source dans la grande épopée du Ramayana (une expression du Ramayana, le Ramlila, a été sélectionnée par l’UNESCO comme chef d’Å“uvre du patrimoine culturel immatériel, sur proposition de l’Inde en 2005)

Brillante, somptueuse, exceptionnelle, cette soirée inoubliable a contribué à valoriser l’immense diversité et la vitalité des traditions de l’Asie du sud. Alors que le patrimoine culturel est menacé dans certains pays du monde aujourd’hui par le danger de massification, le soutien apporté par les pays aux arts traditionnels est décisif. En cela, la signature de la charte de l’UNESCO sur le patrimoine culturel immatériel par la plupart des pays représentés ce soir est un gage de pérennisation de ces arts ; ces pays reconnaissent que ces arts participent de l’essence même de la culture et de la civilisation. Rappelons que les pays qui ont signé cette charte, au nombre de 30 aujourd’hui, s’engagent à protéger des expressions artistiques comme les rites, les chants, les danses, les expressions musicales.
DOMINIQUE
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