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Les femmes, une denrée de plus en plus rare en Inde

20 mai 2008


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Le 22 avril dernier, la presse internationale se faisait l’écho d’un miracle survenu au Bihar. Des chiens errants avaient sauvé une petite fille en la déterrant du sol dans lequel ses parents l’avaient abandonné et promise à une mort certaine. Saine et sauve, l’enfant a été confiée à une famille de fermiers locaux.

La mort de cette petite indienne ne viendra donc pas grossir les rangs des 100 millions de femmes déjà manquantes dans le monde. Un déséquilibre démographique sur lequel Amartya Sen, prix Nobel d’économie, avait déjà alerté l’opinion internationale au début des années 1990. Et c’est principalement en Chine et en Inde que l’on tuent le plus de petites filles, avant ou après leur naissance. Dans le sous-continent, le recensement de 2001 a montré dans toute sa crudité l’élimination systématique dont sont victimes les fillettes indiennes : près de 36 millions d’entre elles manqueraient à l’appel. A l’échelle mondiale on compte 105 garçons pour 100 filles à la naissance, car naturellement il naît plus de garçons. Par la suite, dans les cinq premières années de vie des enfants, le ratio s’inverse pour de multiples raisons et à terme, les femmes sont plus nombreuses que les hommes. Mais en Inde, il semble que le diktat de la société se soit substitué à la main de la nature.

Le foeticide, pratique courante et interdite

Si, traditionnellement les héritiers mâles ont toujours eu les faveurs de leur famille, notamment car ce sont eux qui assurent la transmission du patrimoine, cette tendance s’est accélérée au cours des dernières années. Selon l’Unicef, en 2001 on comptait 927 filles pour 1000 garçons alors que quarante ans auparavant, ce chiffre était de 972. Paradoxalement, c’est l’élévation du niveau de vie qui a entraîné un rejet croissant des filles. L’illustration la plus éclatante de cette tendance est le versement de la dot, pourtant interdit en 1961. Depuis la libéralisation de l’économie dans les années 1990, l’augmentation générale des revenus a entraîné un effet d’imitation vers la haute société indienne. Plus encore qu’auparavant, le mariage est l’occasion d’étaler sa richesse économique et partant, son prestige social -voire son élévation au sein de la société. Les cérémonies peuvent donc atteindre des sommes exorbitantes... à l’image du mariage de Vanisha Mittal -fille de Lakshmi- qui aurait coûté près de 55 millions d’euros ! Dans le sillage de ces milliardaires, l’ensemble de la classe moyenne - qui regroupe pourtant des situations économiques très disparates- veut pouvoir organiser ce genre de réceptions somptuaires, de pair avec une dot de plus en plus élevée. Car le versement de la dot par les parents de la mariée est une des raisons du rejet des filles. Paradoxalement, à mesure que le nombre de jeunes femmes disponibles sur le marché du mariage s’amoindrit, c’est le prix de l’époux -la dot- qui s’élève, accentuant d’autant la préférence pour les garçons.

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L’enchérissement du coût du mariage pour les classes moyennes explique pourquoi l’élimination des filles est relativement moins courante dans les familles pauvres - sans pour autant qu’il en soit absent. En outre, le "dépistage" du sexe du bébé nécessite une échographie ou une amniocentèse, interdite par le Pre-natal Diagnostic Techniques Act de 1994. Ces interventions coûtent un certain prix mais, comparées à l’élévation du niveau de vie des 300 millions d’âmes formant la classe moyenne, elles se sont "démocratisées" - tout comme le foeticide des bébés féminins. En résumé, l’élimination des filles s’apparente à un triste "privilège de classe" puisque les familles urbaines éduquées et relativement aisées y ont largement recours. Les spécialistes évaluent d’ailleurs à plus de 500 000 le nombre de foetus féminins éliminés chaque année. Pis, un rapport de l’Unicef de 2006 souligne que 10 millions de petites Indiennes ont été éliminées, avant ou après leur naissance, au cours des vingt dernières années.

Avec la diffusion du progrès technique et le peu de scrupule des médecins pratiquant illégalement la sélection prénatale, ce fléau n’est pas près d’àªtre endigué, bien au contraire. Et pour le moment, la législation punissant l’avortement sélectif et ceux qui le pratiquent n’a pas eu grand impact, pas plus que les campagnes de sensibilisation sur le manque de femmes.

Mais les disparités ne sont pas qu’économiques. La répartition géographique du manque de filles laisse apparaître un taux très élevé de foeticide dans la hindi belt (l’Inde du Nord hindiphone) par rapport au sud du pays. L’Haryana, Delhi, le Rajasthan ou l’Himachal Pradesh sont les Etats les plus marqués par la disparition des femmes avec, en tàªte de ce sombre classement, le Pendjab. Le magazine Himal rapporte ainsi qu’en 2001 on recensait 793 petites filles pendjabies pour 1000 garçons -contre 927 au niveau national. Pour tenter d’enrayer le phénomène, les autorités de cet Etat du nord-ouest promettent 100 000 roupies à quiconque dénoncera un cas d’avortement sélectif. Avantage à la ville, c’est également en zone urbaine que l’on élimine le plus des petites filles devenues indésirables.

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Pénurie d’épouses

L’élimination croissante des petites Indiennes a pour conséquence un déséquilibre croissant du marché du mariage sur lequel la demande de femmes dépasse largement l’offre disponible. Dans certains villages du nord, on ne compte plus les foyers constitués exclusivement du père et de ses fils restés à la maison car n’ayant pas trouvé d’épouses. Sans parler de la multiplication des foyers pratiquant la polyandrie - le fait qu’une femme ait plusieurs maris - plus ou moins forcée. La surpopulation masculine entraîne également l’explosion du trafic des jeunes femmes afin de pallier au "manque". Ainsi, comme le rapporte Roma Shyamsundar, membre de l’ONG STOP, dans India Together, le trafic d’êtres humains est devenu plus lucratif que celui d’armes ou de drogues. De vastes réseaux se sont mis en place au sein desquels les adolescentes sont vendues par leurs parents ou directement enlevées près de chez elles. Revendues à des hommes aisés, les futures épouses arrivent généralement des campagnes du Bihar ou du Rajasthan, là o๠la pauvreté est très forte ; mais la porosité des frontières expliquent pourquoi on retrouve également beaucoup de Bangladaises et de Népalaises.

Malgré la dévotion quotidienne dont sont l’objet les déesses Lakshmi, Kali ou Saraswati, leurs consoeurs humaines ont encore du chemin à faire avant de se voir accorder une réelle reconnaissance. En Inde, la vie d’une femme n’a souvent que peu d’intéràªt. Dans ce contexte, les autorités luttent pour faire évoluer les mentalités. En mars dernier la Ministre chargée du développement des femmes et des enfants, Renuka Chowdhury, a lancé un programme afin de lutter contre l’infanticide des bébés de sexe féminin. Pour les encourager à garder leurs filles, les familles reçoivent une aide financière. 5 000 dollars sont versés aux parents, répartis entre 400 dollars à la naissance et le reste étalé jusqu’à la majorité de la jeune fille, à condition que celle-ci ait été scolarisée et pas mariée. Si ce programme a de bonnes intentions, il s’est pourtant attiré une volée de critiques car il ne constitue qu’une incitation monétaire et non une politique structurelle globale s’attachant à faire changer le regard que la société indienne porte sur ses femmes.

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Pour en savoir plus :

-  "Quand les femmes auront disparu" de Bénédicte Manier (2006)

-  "Matrubhoomi, un monde sans femmes" un film de Manish Jha (2005)

-  "L’Asie manque de femmes" in Le Monde diplomatique, Isabelle Attané (Juillet 2006)


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Charlotte




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