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Kakoli Sengupta

20 mai 2008

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Kakoli Sengupta

Installée depuis trente-cinq ans dans le 14e arrondissement de Paris, Kakoli Sengupta, artiste accomplie, fait découvrir la musique du Nord de l’Inde en Occident par ses nombreux concerts, ses albums et son enseignement. Aujourd’hui, elle nous en parle plus longuement.

 


Medley Kakoli Sengupta

IEL : Bonjour Kakoli JI, vous êtes aujourd’hui une des représentantes de la musique classique indienne en Europe. Pourriez-vous vous présenter à nos internautes ?

Kakoli Sengupta : Je suis née à Naihati, un village au bord du Gange à 60 km de Calcutta. Je me suis intéressée au chant quand j’étais toute petite. Mon maître m’a initiée au chant hindoustani traditionnel et à l’harmonium dès l’âge de 5 ans ; les cours avaient lieu tôt le matin, à cinq heures, et après l’école. Ce n’était pas toujours facile : mais, ma mère m’a beaucoup encouragée. J’ai poursuivi cette formation à la musique classique jusqu’au baccalauréat. Il fallait beaucoup pratiquer. Aujourd’hui, je ne regrette pas cet entraînement intensif. Dès l’âge de 7 ans, j’ai commencé à chanter en public lors des manifestations culturelles comme pour le Durga Puja, la fête de l’automne au Bengale. J’ai eu l’occasion d’enrichir ma formation par des cours de « chants de Rabindranath Tagore », style qui se démarque de la musique classique traditionnelle par des partitions et des structures bien déterminées. Je suis arrivée à Paris en 1974 et depuis, j’ai eu la chance de chanter sur scène en France et petit à petit, un peu partout dans le monde.

IEL : Qu’est-ce qui caractérise la musique classique indienne ?

Kakoli Sengupta : Une des particularités de la musique indienne, c’est qu’elle est constituée de modes musicaux ( « ragas ») interprétés en fonction des saisons et des heures de la journée. Ces mélodies qui communiquent des émotions aussi variées que la joie, la dévotion, la tristesse, se déclinent à partir d’une base de gammes qui permettent des improvisations, un peu comme le jazz. Il n’y a pas de partitions mais une série de notes à respecter pour chaque thème musicale qui a ses propres caractéristiques. On peut interpréter une variété de chants basés sur les ragas et les embellir par des ornementations musicales, en respectant l’heure de la journée - très tôt le matin (Raga Bhairavi), dans le courant de la matinée, l’après-midi (Raga Aashavari), le soir (Raga Yaman), la nuit (Raga Malkauns)...

IEL : Vous interprétez les chants de l’Inde du Nord. Pouvez-vous nous décrire votre répertoire ?

Kakoli Sengupta : J’ai un répertoire assez vaste. Dans le style classique, j’interprète le « khyal » : des préludes (alaap), des chants poétiques très courts appelés « bandish », des improvisations très variées, également des invocations, des prières et des chants de louange ( « mantras », « slokas » , « bhajans », « kirtans »). En ce qui concerne le semi-classique, j’aime chanter des « thumris », des poésies qui développent une thématique romantique, des « kajris », souvent interprétés pendant la saison des pluies, des « chaitis » (airs folkloriques) et des « dadras » (rythme à 6 temps. J’accompagne aussi des danseuses de kathak lors des concerts mixtes : je chante des « ghazals » (poèmes romantiques ourdoues), des « avinayas », parties narratives extraites du Ramayana, du Mahabharata et d’autres récits mythologiques hindoues et des compositions rythmiques appelées « taranas » pour illustrer les parties techniques du kathak.

IEL : Vous chantez en quelle(s) langue(s) ?

Kakoli Sengupta : Je chante en bengali, ma langue maternelle, mais aussi en hindi et en sanskrit. Il m’arrive aussi d’interpréter des chants folkloriques dans plusieurs langues de l’Inde, comme le tamoul, par exemple, que j’apprends à l’oreille.

IEL : Avez-vous un style ou un « raga » que vous préférez ?

Kakoli Sengupta : J’aime beaucoup le « Raga Bhairavi », qui peut traduire toutes les émotions à la fois, avec une extrême douceur : la dévotion, la joie, la mélancolie et la sérénité...

IEL : Votre carrière est jalonnée de nombreuses collaborations. Il semble, Kakoli JI, que vous privilégiez l’association de cultures musicales différentes, que certains appellent « global fusion », mélange entre l’orient et l’occident. Pourriez-vous nous en parler ? Kakoli Sengupta : J’ai eu la chance de faire la rencontre d’artistes de tous horizons qui m’ont demandé de participer à des compilations variées, allant de la pop new age avec Premananda - Turkentam à la musique zouk avec Jacob Desvarieux, en passant par la musique ambient (Dj CAM) et même le rap d’avant-garde (In Vivo). Deux titres de DJ cam (Meera et Lost kingdom) ont eu beaucoup de succès. Ces rencontres sont un véritable enrichissement humain. J’ai un grand plaisir et une énorme satisfaction quand je suis amenée à faire une recherche dans la musique de l’autre. Après l’écoute attentive de notes qu’on me propose, je crée des improvisations à partir de ma propre tradition et selon mes mélodies ; ensuite, j’essaie de faire glisser ma voix à la bonne place en la mêlant aux autres notes. J’ai aussi travaillé en collaboration avec Gilles Andrieux et Vincent Courtois lors d’un concert de « Turkish Blend » où on a fait rimer « musique et polyphonie » avec « amitié ». Je collabore également avec beaucoup de joie avec Jean-Pierre Limborg et Jean-Paul Le Goff pour la réalisation de disques de musique de relaxation.

IEL : La musique indienne est à l’honneur quand on vous découvre dans des chroniques radiophoniques et dans les bandes-sons de films diffusés à la télévision et au cinéma. On a récemment eu le plaisir de vous écouter sur « France Culture » lors de l’émission « Les Vivants et les Dieux » sur le thème de la « mère divine en Inde ». On reconnaît votre voix dans la « Douche anglaise » et « La voix est libre », des productions de France Télévisions et dans le film « Hanuman », sorti en 1999. Un commentaire...

Kakoli Sengupta : Je dirais que je suis très ouverte à des rencontres ; tant qu’on respecte ma tradition, je suis heureuse de participer à des collaborations sous toutes les formes. J’interviens pour des manifestations culturelles, des concerts en solo, j’accompagne des danseuses avec mon chant, je participe à des réalisations de musique « fusion », et je prête ma voix sur des thèmes demandés dans des médias diverses. C’est un grand plaisir pour moi...

IEL : Et Bollywood, qui est tellement à la mode ces jours-ci ? Vos impressions et votre position ?

Kakoli Sengupta : En ce qui concerne, je pense qu’il y a deux époques ou plutôt deux générations. A mon époque, la voix du chanteur était vraiment mise en valeur. Aujourd’hui, il me semble qu’avec les effets musicaux variés, on perd l’authenticité ; de belles voix sont écrasées par la musique. C’est un point de vue très subjectif : je pense que Bollywood a beaucoup évolué, ce qui est une bonne chose en soi, mais malheureusement, au détriment de l’authenticité.

IEL : Vous avez participé à de nombreux festivals en France et en Europe. Est-ce qu’il y eu des moments forts qui vous ont marquée ?

Kakoli Sengupta : Lors du festival du Printemps de Bourges, en 1974, je débutais ma carrière et j’étais un peu impressionnée par l’événement. Il fallait chanter debout et parler au public avec un micro en occupant l’espace sur la scène, ce qui n’est pas très courant dans notre tradition... Ce fut une bonne expérience. Depuis, j’ai appris à dépasser ma timidité et à m’adapter à mon public. Lors du 50e anniversaire des Nations Unies à l’Unesco, j’étais très émue quand on m’a demandé de représenter l’Inde dans le cadre du spectacle international de la « Déclaration des Droits de l’Homme ». On a parlé de cinéma tout à l’heure. Je peux vous parler d’un projet qui a eu un remarquable succès en Italie. Lors du festival du film muet à Pordenone près de Venise, j’ai été amenée à improviser en direct sur scène pour illustrer le premier film de fiction indien sorti en 1913. Il fallait choisir les bonnes notes pour illustrer les différentes scènes de film : par exemple, des « ragas » de nuit pour les scènes d’angoisse, et d’autres « ragas » pour la joie, la mélancolie... Cette expérience très enrichissante fut renouvelée à Paris en 1995 au Palais de Chaillot ; la Cinémathèque française qui avait beaucoup apprécié ma participation m’a demandé de collaborer à leur projet de festival de film muet en France.

IEL : Grâce à vos concerts et vos albums, vous contribuez beaucoup à la découverte de la musique classique indienne en Occident. Par ailleurs, vous enseignez le chant de l’Inde du Nord depuis une vingtaine d’années à Paris.

Kakoli Sengupta : En effet, je donne des cours particuliers à des personnes de tous âges et de toutes origines ; je propose aussi des ateliers et des stages d’initiation et de perfectionnement en France et ailleurs. En 2003, je suis allée en Estonie pour donner une formation ; on m’avait invitée à parler sur la musique indienne : la théorie ainsi que la pratique.

IEL : Comment cela participe à votre épanouissement ?

Kakoli Sengupta : On dit chez nous « dhaanena naa khaayang jaati, vidhyaa ratnan mahaa dhanam », ce qui veut dire : on s’enrichit quand on transmet le savoir. Etre artiste ne suffit pas pour enseigner ; au fil des années, j’ai appris à être pédagogue, à réfléchir sur l’enseignement de la musique en fonction des demandes de mes élèves. C’est quelque chose qui permet de se remettre en question et de se corriger pour se perfectionner. J’essaie de former mes élèves au mieux car ensuite, je les invite à chanter avec moi sur scène lors des manifestations culturelles. Nous sommes allés deux fois en Inde pour présenter un spectacle à Calcutta. Et chaque année, nous présentons un spectacle de chants de l’Inde du Nord à Paris.

IEL : On a beaucoup apprécié vos compilations avec d’autres collaborateurs, vos albums de chants traditionnels et aussi celui des chants pour enfants qui, on le rappelle, a eu le prix « Charles Cros ». Quels sont vos projets pour l’avenir ? Un nouvel album, une tournée...

Kakoli Sengupta : Cet été s’annonce bien chargé : des ateliers de chants spirituels dans la formation « Yoga et Sadhana » organisés par Terre du ciel sont prévus en juillet en Bourgogne ; en août, je vais faire une tournée aux Etats-Unis. Il y a également un projet de collaboration de musique soufie et indienne en cours. Et très probablement, lors de mon prochain voyage en Inde, je travaillerai sur un nouvel album de chants traditionnels qui sortira dans le courant de l’année prochaine. Tous les ans, je retourne en Inde pour me ressourcer et j’ai la chance aussi de présenter des concerts à Delhi et à Calcutta.

IEL : On associe la musique à la fête et bientôt, le 14 avril prochain, on fêtera le nouvel an indien, appelé « noboborsho » au Bengale. Avez-vous un message à faire passer à vos compatriotes et à nos internautes au nom de la musique ?

Kakoli Sengupta : Que le chant apporte la paix au monde et, la paix intérieure à tout un chacun.

IEL : Kakoli JI, nous vous remercions d’avoir accordé cet entretien à Inde en ligne.

Propos recueillis le 21 mars 2008 par Anjali.


Mots-clés :


Pravina Nallatamby (alias Anjali B.)




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