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Sarva Atma Mithra
23 mars 2008
Sarva Atma Mithra
Originaire du Kérala et professeur de yoga domicilié près de Nîmes, Sarva Atma Mithra est également le fondateur du centre Maïthri Mandir. « La Maison des Amis  » comme le signifie son nom en français, est une association dont le but est la rencontre et l’échange entre Français et Indiens. Sarva Atma Mithra a ainsi développé le tourisme solidaire au Kérala, dont les retombées financières lui ont permis d’ouvrir une école et des ateliers. PrÃ’nant l’autosuffiance contre l’assistance, il nous présente son parcours et son association.
IEL : Sarva Atma Mithra, comment vous est venue l’idée de Maïthri Mandir ?
Sarva Atma Mithra : J’ai fondé le centre afin de partager mon expérience liée à ma vie en France. En effet, je suis arrivé ici en 1991 pour donner des cours de yoga, ce que je continue à faire, et j’ai beaucoup appris au contact des Français, j’ai découvert beaucoup de choses. En fait, ma vie en France m’a beaucoup aidé a accepter ma vie en Inde. Chaque fois que je retourne là -bas, les Indiens me demandent de les emmener en Occident ou de les aider à y aller. En réalité ce n’est pas du tout la solution.
IEL : Pouvez-vous m’expliquer plus concrètement comment votre vie ici vous a permis d’accepter votre vie en Inde ?
Sarva Atma Mithra : En Inde, nous avons une idée erronée de l’Occident. Nous pensons que la vie est plus aisée et que l’on peut gagner de l’argent facilement. En réalité, j’ai découvert que, quel que soit le lieu, il fallait toujours utiliser toutes nos forces pour réussir. Cette réalité est vraie partout. Ce n’est pas plus facile ici, en France, que là -bas. Quelquefois on croit, en Inde vu que c’est un pays pauvre, qu’on n’a pas de chances, alors qu’en réalité, tout dépend de l’individu. En venant ici, en vivant comme un Français, avec même plus de difficultés car je ne parlais pas la langue et heureusement que j’avais des amis pour m’aider, j’ai fait le chemin. Ma vie française m’a fait comprendre que, contrairement à ce qu’on pourrait croire, nous avons beaucoup de richesses en Inde, c’est comme ça que cette vérité m’est apparue. Par exemple nous n’avons pas besoin de chauffer car nous n’avons pas d’hiver, nous avons des pluies abondantes, une nature luxuriante, etc. et nous sommes nombreux : quand nous travaillons tous ensemble, nous pouvons faire de belles choses. Ce constat m’a vraiment donné confiance et je me suis dit que je pouvais organiser des rencontres entre des Français et des Indiens afin qu’ils partagent leurs expériences respectives.
IEL : C’est comme cela qu’a germée l’idée de Maïthri Mandir ?
Sarva Atma Mithra : Oui, car pour organiser ces rencontres, il nous fallait un cadre, une association. Tout a donc démarré en 2003 lorsque mes amis français sont venus au Kérala pour la première fois. Petit à petit, nous avons mis en place des ateliers où nous avons échangé des savoirs-faires, à commencer par la couture. Nous avons donc ouvert quatre ateliers de couture où les Indiens ont appris des techniques différentes de celles qu’ils connaissaient, ce qui les a aidé à améliorer la qualité de leur travail. En échange, nous avons partager d’autres savoirs comme la médecine traditionnelle ayurvédique ou la cuisine malayali (du Kérala). C’était vraiment mutuellement très enrichissant. Petit à petit, tout cela s’est développé, à tel point qu’il a fallut organiser les séjours à plus grande échelle. C’est ainsi que nous avons développé ce que nous appelons le tourisme solidaire, et qui nous permet désormais de mieux organiser les voyages et de nous faire connaître par plus de gens.
IEL : Cinq ans après la première rencontre franco-indienne, comment s’organise aujourd’hui votre structure au Kérala ?
Sarva Atma Mithra : Toutes les activités que nous avions mises sur pied continuent. Nous avons développé l’antenne de tourisme solidaire qui s’appelle Swagatam (qui signifie bienvenue en malayali). Tout au long de l’année, nous pouvons recevoir une dizaine de personnes et leur proposer plusieurs services : des soins ayurvédiques, des cours de yoga, de cuisine, de danse... Bref toutes sortes d’activités culturelles indiennes. Parallèlement à cela, nous avons désormais une école et des ateliers ouverts à plein temps.
Concernant Swagatam, l’organisation est assez simple et elle est prise en charge par ce que l’on peut appeler "une famille élargie". Nous sommes une dizaine de familles qui coopèrent pour recevoir les visiteurs. L’une s’occupe de la cuisine, l’autre du nettoyage, ma femme de la réception : on partage les tâches. Nous faisons également intervenir des médecins pour les soins ayurvédiques, une personne pour les cours de percussion, une autre pour la danse, etc.
A travers l’association et le tourisme, l’objectif est donc de créer des emplois pour aider la population locale ?
Sarva Atma Mithra : Oui exactement, à commencer par les femmes en difficulté. Nous voulons vraiment aider les locaux en leur donnant un travail rémunéré qui leur permet d’être autonome. Il s’agit également d’aider les enfants en les scolarisant. Si on ne les soutient pas, ils se tourneront vers des activités négatives.
IEL : A propos des enfants, pourquoi avoir voulu créer une école ? Vous auriez très bien pu vous contentez des bénéfices engrangés par le tourisme solidaire. Comment vous est venu cette idée ?
Sarva Atma Mithra : Tout ce que l’on peut faire pour un enfant n’est jamais perdu. C’est ce que l’on pourrait appeler un investissement à long terme. Peut-être que nous ne serons pas là pour le voir mais la meilleure façon d’aider un pays c’est aider ses enfants, les générations futures. C’est pour cela que je donne tant à cette école. Dès que nous avons commencé à faire des profits avec l’activité touristique, nous avons décidé que sur les vingts euros que les visiteurs payaient par jour pour le séjour, cinq euros seraient affectés au financement d’une activité "solidaire", en l’occurrence l’école.
IEL : Pouvez-vous me parler un plus de cette école ?
Sarva Atma Mithra : Notre école a été ouverte assez récemment, le 1er janvier 2007. Elle accueille environ quarante-cinq élèves de 3 à 8 ans et fonctionne comme n’importe quel établissement du système scolaire indien, à la différence près que les frais sont très peu élevés : entre cinquante et cent roupies.
IEL : Au total, combien de personnes regroupe Maïthri Mandir ?
Sarva Atma Mithra : En France, une centaine de personnes soutient de façon directe ou indirecte notre action. Mais en Inde, nous sommes beaucoup plus nombreux et les adhérents ne sont pas des individus mais des familles entières. Nous comptons donc une centaine de familles membres de l’organisation. Le centre n’est pas assez grand pour employer tout le monde donc tous les membres ne travaillent pas dans la structure à proprement parler mais nous fonctionnons sur l’entraide. Tout ce que nous avons fait, comme les ateliers de couture par exemple, aide directement une quarantaine de personnes, qui, par la suite, répercutent sur d’autres ce qu’on leur a apporté. Ce que nous ne voulons absolument pas c’est créer des dépendances. Notre but est d’aider les membres à développer leurs compétences et à s’entraider afin qu’ils deviennent autosuffisants. Même l’école, je veux qu’elle soit entièrement indépendante vis-à -vis de l’aide de l’antenne française, c’est pour cette raison qu’elle est uniquement financée par les retombées du tourisme solidaire.
IEL : Merci beaucoup Sarva Atma Mithra de nous avoir fait partager votre expérience.
Sarva Atma Mithra : Merci à Inde en ligne d’avoir permis de faire connaître l’action de Maïthri Mandir.
Propos recueillis par Charlotte.
Crédits photos Marcel Paulin
Pour plus de détails et d’informations sur l’action de Maïthri Mandir, rendez-vous sur le site de l’organisation : www.maithrimandir.org
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