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Vandana Shiva, passionaria de la cause paysanne

24 mars 2008

Depuis près de 25 ans, cette activiste livre un combat sans relâche contre les abus de l’industrie agro-alimentaire. Partie en croisade contre les multinationales et les autorités indiennes, Vandana Shiva prône une agriculture respectueuse de la nature mais avant tout, de l’être humain. Parfois controversée, sa lutte n’en reste pas moins le reflet de la situation de plus en plus alarmante des campagnes.

 


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Vandana Shiva

Navdanya... "Les neuf graines"... Ce mot résonne comme la colère de Vandana Shiva contre les abus des firmes multinationales sur le sol indien, comme les revendications des paysans qu’elle porte sur la place publique, comme la lutte qu’elle mène pour la préservation de la biodiversité en Inde. Car le but de l’association de cette physicienne de 56 ans est de permettre aux paysans indiens de redevenir maîtres de leurs terres et d’en redécouvrir les richesses, après les abus entraînées par la Révolution Verte initiée en 1966.

Si l’Inde est un géant agricole, avec 190 millions d’hectares cultivables -soit 60% de sa surface-, dans les années 1960, le secteur agraire se définit en deux mots : pauvreté et sous-emploi. Cette situation est liée à la conjonction de plusieurs facteurs. Depuis l’Indépendance de 1947, les rendements ont augmenté à peine plus vite que la population et la priorité accordée par J.Nehru au développement de l’industrie a rogné sur les investissements dans le secteur primaire. En outre, si la mousson est une véritable opportunité pour les paysans indiens car elle leur permet deux récoltes annuelles, les pluies de 1965 et 1966 ne sont pas suffisantes et plongent une partie du pays au bord de la famine.

En 1966, New Delhi, acculé, décide de moderniser le secteur primaire. Il s’agit d’augmenter les surfaces cultivables, mais surtout d’introduire des « variétés à haut rendement » (VHR). Et ce sont ces fameuses semences qui suscitent l’ire de Vandana Shiva. Le principe est simple : remplacer les cultures traditionnelles par des VHR beaucoup plus productives, afin d’assurer la sécurité alimentaire et combattre la pauvreté endémique des campagnes. Si sur le plan économique la Révolution Verte porte ses fruits, le bilan social est bien plus contrasté.

Dans les années 1970, l’autosuffisance alimentaire est atteinte. Elle est même largement dépassée trente plus tard puisque de 82 millions de tonnes de céréales produites en 1960, on dépasse désormais les 200 millions. L’Inde s’est donc véritablement dotée d’une richesse agricole. Ce levier alimentaire lui a permis, entre autres, de mettre en place le programme Food for work qui rémunère les travailleurs défavorisés en roupies et en blé.

Pour autant, selon la fondatrice de Navdanya, les dommages collatéraux dépassent les avantages de cette agriculture intensive. L’indignation de Vandana est en partie confirmée par l’examen de la réalité. Plus de 40 ans après la Révolution Verte, le sort des petits paysans ne s’est pas amélioré, loin de là. Entre 1997 et 2005, près d’1,5 million de paysans se sont suicidés, un chiffre en augmentation constante sur la décade étudiée. Le principal problème causé par l’introduction des VHR, c’est qu’elles ont créé une dépendance des paysans envers les firmes auprès desquelles ils achètent les semences. Car celles-ci ne se replantent pas d’une année sur l’autre et nécessitent des quantités astronomiques d’engrais.... qu’il faut bien sûr acheter auprès d’une multinationale à prix d’or. Les années passant, l’endettement des cultivateurs se creuse, comme les rides de souffrance engendrées par un travail toujours plus épuisant.

Pour mettre un terme à ce cercle vicieux, Vandana Shiva prêche une idée simple : "la Démocratie de la Terre". La dame patronnesse des sans terres décline ensuite son concept dans trois domaines : "souveraineté alimentaire, souveraineté des semences et souveraineté de l’eau". Le moteur du combat de Navdanya est résumé dans la formule. Les Indiens doivent se réapproprier leurs richesses naturelles, privatisées par les multinationales agro-alimentaires implantées dans le pays. Vandana cite l’exemple de Coca-Cola et la façon dont la firme produit de l’eau en bouteille. Après un an d’implantation au Kerala, un Etat très humide, les besoins en eau de l’entreprise (1,5 million de litre/jour) auraient entraîné l’assèchement de trois lacs. Celle que l’on surnomme parfois à tort "la José Bové en sari" réclame donc la fin de la privatisation des ressources terrestres. Selon elle, l’Etat ne dispose pas d’un cadre législatif assez rigoureux pour encadrer les agissements des entreprises... Et ne cherche pas forcément à s’en doter. Il faut donc, d’après Vandana, privilégier la gestion des biens naturels par des groupes de villageois, paysans, etc. Cette philosophie n’est d’ailleurs pas sans rappeler les volontés politiques de Gandhi. Le Mahatma souhaitait une gestion extrêmement décentralisée des affaires de la communauté au travers, notamment, du modèle du panchayat - un conseil de cinq "sages" qui prend les décisions d’intérêt commun pour le village.

Mais la création de Navdanya en 1984 a un second objectif : la préservation de la biodiversité. La politique de substitution de VHR aux semences traditionnelles a entraîné un appauvrissement du nombre de variétés disponibles auparavant. Ceci a pour conséquence des carences dans l’alimentation indienne plutôt végétarienne. La diversité des semences s’amenuisant, certains nutriments essentiels ne sont plus disponibles. L’écologiste indienne lutte donc avec véhémence contre la sélection scientifique des espèces et la manipulation génétique qui va avec. Dans cette optique, elle a crée 34 banques de graines dans 13 Etats de l’Union. L’objectif est de préserver le patrimoine alimentaire de l’Inde. Pour cette cause et depuis près de 25 ans, Vandana Shiva travaille en étroite collaboration avec plus de 70 000 paysans, ce qui lui a permis de sauver pêle-mêle plus de 2 000 variétés de riz, 31 de blés, une centaine de millets, etc.

Le combat sans relâche de Vandana Shiva s’inscrit donc pleinement dans la très actuelle volonté de « développer durable ». Sur le sujet, cette femme qui multiplie les « istes » : féministe, écologiste ou encore altermondialiste, a écrit de nombreux ouvrages. Elle y raconte ses combats, ses colêres, sa vision d’une agriculture mondiale plus juste, au service des petits paysans. Le retour de l’être humain au coeur des préoccupations politiques et économiques. L’évènement déclencheur de sa lutte a d’ailleurs été la catastrophe de Bhopal où elle a assisté, impuissante, à un désastre écologique et humain. Près de 8 000 hommes, femmes et enfants, ont perdu la vie, suite à une fuite de l’usine américaine de pesticide Union Carbide. Aujourd’hui 20 000 personnes seraient mortes, victimes collatérales de la pollution engendrée par ce cataclysme.

Mais les multinationales ne sont pas les seuls Goliath du système et le mal des campagnes n’est pas uniquement à mettre au passif de la Révolution Verte. La politique indienne actuelle de développement des zones économiques spéciales (ZES) a également une forte part de responsabilité dans cette situation. Dans beaucoup de cas, l’installation de la ZES se fait aux dépens de la population locale, expropriée et très faiblement indemnisée.... quand elle l’est. A ce titre, la résistance opposée par les villageois de Nandigram, au Bengale Occidentale a fait florès et suscité une prise de conscience collective des paysans. L’union des colères a donné lieu à une marche inédite en 2007. Du 2 au 28 octobre, plus de 25 000 paysans sans terre ont manifesté leur mécontentement face à la politique agraire de New Delhi. Sous l’égide de l’organisation gandhienne Ekta Parishad, ils ont rallié Gwalior à New Delhi protestant de manière non violente contre les expropriations sauvages et demandant ardemment une réforme du système agricole. Pour le moment, la réponse de New Delhi reste limitée à une dimension purement financière. En effet, le budget 2008-2009 prévoit l’extinction de 600 milliards de roupies de dettes contractées par les paysans.... Une goutte d’eau dans l’océan qui laisse à Vandana Shiva encore beaucoup de combat à mener.


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Charlotte




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