Poonam Chawla
guide et spécialiste de la cuisine indienne
1er mars 2008
IEL : Bonjour Poonam, pouvez-vous vous présenter aux internautes d’Inde en ligne ?
Poonam : Bonjour, je m’appelle Poonam Chawla et je suis une personne qui a des racines un peu partout dans le monde. Mes parents sont nés dans un territoire du Penjab qui fait maintenant parti du Pakistan. Je suis née à Pune (anciennement Poona) ou j’ai passé mon enfance. Mon père a été muté à Delhi en 1971. J’y ai vécu jusqu’à mon arrivée en France en 1991. Depuis, je me considère comme originaire de New-Delhi. Je vis en France depuis 17 ans maintenant et j’ai de la famille en Inde, en France, aux Etats-Unis et en Australie.
IEL : Qu’est-ce qui vous a amené en France ?
Poonam : J’ai effectué ma maîtrise de français à Delhi et j’ai commencé à travailler comme traductrice et guide touristique. J’ai toujours été en contact avec des Français et naturellement j’ai fini par avoir envie de venir visiter la France. Mes études de civilisation et de langue française en poche, j’ai eu l’opportunité de venir travailler dans le sud-ouest de la France...« j’ai sauté sur l’occasion » et j’y suis restée 9 ans ! Un séjour aux Etats-Unis pendant 4 ans et une nouvelle opportunité de revenir en France cette fois-ci à Paris. Je ne devais qu’y séjourner un an mais apparemment mon destin est lié avec la France. C’est à Paris que j’ai réussi à mélanger mes trois vies de trois pays que j’aime en faisant ainsi mon propre masala pour créer quelque chose qui n’existait pas avant, c’est a dire mes activités !
IEL : Quelles sont donc les activités que vous exercez à Paris ?
Poonam : A Paris, j’organise des visites du quartier « indien », je donne des cours de cuisine indienne, et j’accompagne des groupes en Inde. Avec mes trois passions et à ma façon, j’essaie de faire partager ma vie d’indienne.
IEL : Quelles sont vos spécialités indiennes favorites ?
Poonam : La cuisine indienne est très vaste (la troisième plus grande cuisine du monde après la cuisine française et la cuisine chinoise) et très régionale et moi j’ai plusieurs favoris - mes plats du Penjab - des rÃ’tis tandoori (pains cuit au tandoor) avec des rajmas (curry de haricots rouges), une salade d’oignons et les achards de mangue faits par ma mère. J’ai passé mes 11 premières années a Poona. Ma nounou Geetha Bai, qui était originaire de l’Etat du Maharashtra, m’emmenait partout avec elle et je mangeais dans sa famille ou avec ses amis. J’ai pris goà »t à cette cuisine ou l’on mange des chappattis de couleur verte faits de graines de bajara(millet perlé), des pohas (riz soufflé), du sabodana khijdi (plat à base de tapioca et de cacahuètes) et du bhel (une salade aigre douce) qui est très populaire. Ma meilleure amie était une bengalie et sa mère une grande cuisinière qui m’a initiée à sa cuisine. Puis j’ai épousé un bengali et j’ai commencé à préparer la cuisine bengali à base d’huile de moutarde, de 5 épices ainsi que des currys de poisson. Et quel indien ne connait pas la cuisine du sud de l’Inde - des dosais, des iddlies, les currys à la noix de coco !!! (Miam Miam)
IEL : Quel est votre épice favorite ?
Poonam : En fait, j’en ai deux : le “gingembre” et la cardamome que les Français connaissent moins - cette épice qui parfume aussi bien les boissons que les plats et les desserts. De plus, on peut la manger pour se rafraîchir la bouche (quand on a mauvaise haleine !)
IEL : Que pensez-vous de la cuisine française ? Quels sont vos plats préférés ?
Poonam : J’adore la cuisine française. Par ou commencer ? Par le foie gras frais, le pain, les fromages, le chocolat , le jambon de Bayonne, le vin de Bourgogne sans oublier le champagne ! Ce que je préfère c’est une cuisine à la fois traditionnelle et moderne comme celle de Guy Savoy ou de Joë l Robuchon qui sont spécialistes de petites portions pleines de saveurs, des produits qui flattent le palais, presentés comme des tableaux.
IEL : Avez-vous déjà essayé de mélanger cuisine française et indienne ?
Poonam : Oui, bien sà »r...cela m’arrive souvent de manger un poulet rÃ’ti avec un curry de pommes de terre et de l’agneau avec des palak (épinards). J’ai essayé d’associer le lassi, notre fameuse boisson à base de yaourt, avec de la crème de cassis et le résultat est fabuleux ! J’ai beaucoup de succès avec ce mélange.
IEL : Que pensez-vous des restaurants indiens à Paris ?
Poonam : Il y a plus de 200 restaurants dans les 20 arrondissements de Paris. Et tous ont l’air d’attirer la clientèle, surtout à midi. En fait, j’ai même mené une enquête : en visitant 70 restaurants entre 2004 et 2006 j’ai pà » commencer un petit guide sur ces restaurants. Souvent les restaurateurs pakistanais, bangladeshis et sri- lankais vendent leur cuisine en tant que “spécialités indiennes” au lieu de nous présenter leurs plats nationaux ainsi nous donnant plus de choix. Apres tout, la cuisine indienne n’est pas seulement le fameux naan au fromage (une création purement franco-indienne) et du poulet tandoori. Ce n’est que dans le 10ème arrondissement de Paris, dans le "quartier indien" que l’on trouve la cuisine du Tamil Nadu ou la vraie cuisine punjabi.
IEL : Avez-vous déjà envisagé d’ouvrir un restaurant indien à Paris ?
Poonam : En fait, je voulais devenir chef à l’âge de 16 ans mais à cette époque c’était un métier d’hommes. Mon père voulait que je continue mes études ou que je reste à la maison jusqu’à mon mariage. Faute de mieux, je me suis donc inscrite à la fac. Les diplÃ’mes comptaient et comptent toujours beaucoup dans les familles traditionnelles ! Peut-être à 50 ans, vais-je exhausser mes vÅ“ux en donnant des cours de cuisine ou en travaillant comme consultante.
Je m’intéresse à la cuisine simple qu’on mange au quotidien. La vraie cuisine des rues, celle des plats simples faits par des femmes parce que c’est la maîtresse de maison qui est la chef en Inde ....jamais le mari. En fait, lorsque je voyage dans mon pays, il m’arrive souvent de demander à mes voisines et aux domestiques autour de moi de me montrer comment elles cuisinent.
IEL : Vous organisez des visites guidées du “quartier indien” à Paris. Pouvez-vous nous en dire plus ? Ou décrivez-nous une visite type.
Poonam : Je fais découvrir le “quartier indien” de Paris, qui est l’un des secrets les mieux gardés de cette ville et je ne veux pas trop en dire de peur d’en révéler trop ! C’est entièrement mon idée et mon concept d’organiser des visites culturelles et culinaires de “Little India” qui durent environ 1h30 à 2 heures. Cette visite est une petite fenêtre sur l’Inde à Paris. J’explique notre façon de vivre en Inde et à Paris. J’ai même invité l’office de tourisme de Paris pour une visite et ma visite guidée de Little India fait désormais partie de leur site web.
Je voudrais aussi ajouter que je tire une certaine fièreté à être une pionnière en ce qui concerne les visites d’un petit morceau de mon pays dans la capitale.
IEL : Vous avez écrit deux livres : un recueil de poèmes en anglais intitulé A gift of words (Un cadeau de mots) et Chroniques indiennes. De quoi parlent-ils ?
Poonam : Le petite livret Chroniques de la Vie Indienne répond a beaucoup de questions que les étrangers me posent sur la naissance d’une fille en Inde, le mariage arrangé, la dote, les veuves etc. Il est à vendre chez Ambika (www.indechezvous.com) ou directement en s’adressant a moi.
Mon recueil en anglais A Gift of Words regroupe des textes sur beaucoup de sujets qui m’ont touché de très prés par l’intermédiaire de ma famille et de mes amis. Ce sont des petites histoires qui regroupent mes pensées sur la vie en générale et explique aussi ma nostalgie de l’Inde. Il est à vendre sur Amazon ou directement par mon intermédiaire.
IEL : Que pensez-vous de la « scène indienne  » en France ? Selon vous, est-elle bien représentée ?
Poonam : Je pense que la scène indienne en France prend de plus en plus d’importance. Certes, il y a beaucoup d’associations culturelles mais ce n’est pas suffisant pour les indiens qui vivent ici car nous n’avons aucun centre ou association à qui nous adresser lorsque l’on a des problèmes personnels ou psychologiques, tels que la solitude en tant qu’expatrié indien ou le malaise culturel. On a tous besoin de parler, de s’exprimer. Nous sommes loin de notre pays, de la famille et souvent sans soutien. Moi-même, j’ai beaucoup souffert de solitude et maintenant je fais du bénévolat avec une association anglophone afin d’aider les autres. Mais pour ceux qui ne parlent ni anglais ni français s’il existait un support de natifs de leur pays ce serait bien. Parce que les femmes indiennes ne sont pas élevées à parler de leurs problèmes - il faut qu’elles gardent tout en elles-mêmes ce qui est très difficile lorsqu’on est en difficulté dans un pays étranger.
IEL : Comment voyez-vous l’Inde dans les années à venir ?
Poonam : De même qu’il est évident que l’Inde va devenir plus moderne et puissante et en faisant jouer un rÃ’le important sur la scène internationale, il est aussi certain que l’âme indienne ne va pas rapidement évoluer. Nous sommes trop impliqués dans nos traditions et nos rituels. Comme le curry nous ferons partie de toutes les belles cartes du monde parce que notre boîte à épices est pleine de ressources et de saveurs : la technologie, le savoir-faire, la sagesse, le Jugaad et cette faim de travailler dans n’importe quel coin du monde pour qu’à la fin de la journée, on puisse manger un simple thali de rÃ’ti-sabji-dal et regarder un film bollywoodien ou un match de cricket en famille ou entre amis.
IEL : Vous avez un site internet : www.chalindia.com. Que signifie "Chal India" et qu’est-ce qu’on y trouve ?
Poonam : Chal India veut dire “viens en Inde”. Mais chal veut aussi dire allons-y. C’est un mot très souvent employé en penjabi, particulièrement par ma mère. Elle utilise ce mot comme un rituel avant de faire quelque chose...comme si elle s’invitait à manger, à travailler, à sortir etc.
Mon site web donne un aperçu de toutes mes activités ainsi que mes coordonnées. Je travaille exclusivement sur rendez-vous. Il y a aussi l’association Chal India qui a été créée récemment et pour laquelle je vais travailler. Vous trouverez tous mes programmes sur mon site web au fur et à mesure que mes futurs projets se définiront.
IEL : Merci Poonam et nous sommes ravis de vous retrouver tous les mois avec vos recettes indiennes !
Propos recueillis par Salime C.
Découvrez toutes les recettes de Poonam Chawla
Son site web : www.chalindia.com
Télécharger la brochure de ses activités
Partager
Dans la même rubrique :
|